Pastiches de Laura
Proust Confiné :
Longtemps, je me suis confinée de
bonne heure. Parfois, je rentrai de ma sortie quotidienne pour me procurer des
denrées de première nécessité dans un commerce voisin et, à peine rentrée dans
le petit logis qui, depuis quelques jours me servait de refuge contre la menace
extérieure de l’épidémie, que déjà, la pensée entêtante comme une petite voix
maléfique me susurrait à l’oreille « Qu’il serait bon de ressortir »,
et contemplant alors la fenêtre qui semblait devoir me séparer à présent et
pour une durée indéterminée du monde extérieur, je songeais au temps heureux,
si proche en réalité mais pourtant déjà si éloigné dans mon esprit – à tel
point qu’il me semblait n’en avoir connu jamais d’autre- où je pouvais
m’échapper à ma guise pour aller flâner librement et sans but le long des
quais.
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Maupassant :
Alors plus rien à faire,
aujourd’hui, ni demain, ni jamais. Elle sentait tout cela vaguement à une
certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves. La perspective d’un autre
quotidien lui paraissait à présent lointaine, comme un souvenir d’une vie
antérieure à jamais disparue. Elle se leva et vint coller son front aux vitres
froides. Puis, ayant regardé quelques temps la rue à moitié vide, peuplée
seulement de quelques clochards ivres, s’agitant seuls auprès d’interlocuteurs
invisibles, elle se décida à risquer sa sortie quotidienne après avoir rempli
son attestation. Étaient-ce la même ville, les mêmes rues, les mêmes bancs
qu’une semaine auparavant ? Où étaient donc passées les foules
insouciantes, les enfants jouant au ballon, les amoureux s’embrassant dans les
rues ? Il y avait une semaine à peine, de cette même fenêtre, elle
contemplait les arbres pleins de sèves prêts à s’élancer enfin à la conquête du
printemps après un hiver long et pesant, tandis que les habitants du voisinage
reprenaient possession du monde extérieur. L’air saturé d’odeurs grisantes,
semblait alors inviter aux joies simples de l’amour. Mais c’était fini à
présent. La sève des arbres s’était asséchée et le printemps stoppé dans sa course,
s’était mué en un temps informe, vide et terne. L’urgence printanière, et son
appel brûlant à profiter de la vie, s’était tus. Les quatre murs de son
appartement, transformés en prison de ses espérances, la rappelait toujours au
sentiment douloureux de la séparation. Et sans cesse, tout le long du jour,
elle remâchait ces pensées, regrettant l’époque qui lui semblait à présent
bienheureuse, où l’avenir était encore un espace à peupler de ses désirs et de
ses attentes.
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Lamartine :
Souvent, le soir, à la
fenêtre, accoudée au balcon, tristement je m’assieds
Je promène au hasard mon regard sur la ville
Dont le tableau muet s’offre à mes pensées
Je promène au hasard mon regard sur la ville
Dont le tableau muet s’offre à mes pensées
Là, se dresse la tour de
Jussieu immobile
Elle s’élance et s’impose sur paysage désert
Ici, coule la Seine dont les eaux désespérément vides
Comme un fleuve de mort coulent déjà vers l’enfer
Elle s’élance et s’impose sur paysage désert
Ici, coule la Seine dont les eaux désespérément vides
Comme un fleuve de mort coulent déjà vers l’enfer
Mais tout à coup,
résonnant dans l’air immobile
Les applaudissements joyeux résonnent aux fenêtres
Le rêveur s’arrête et considérant un instant ces hommages sincères
Se sent un peu moins seul dans son antre solitaire
Les applaudissements joyeux résonnent aux fenêtres
Le rêveur s’arrête et considérant un instant ces hommages sincères
Se sent un peu moins seul dans son antre solitaire
D’immeuble en immeuble
portant en vain ma vue
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part, la liberté ne m’attend »
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part, la liberté ne m’attend »
Que me font ces immeubles,
ces arbres, ces rues entièrement désertées,
Vains objets dont l’attrait est perdu à jamais
Bars, restaurants, lieux de sociabilité si chers,
Un virus se ramène, et tout est dépeuplé !
Vains objets dont l’attrait est perdu à jamais
Bars, restaurants, lieux de sociabilité si chers,
Un virus se ramène, et tout est dépeuplé !
Que le tour du soleil ou
commence ou s’achève
Que m’importe au fond ? je n’attends rien de neuf
Je dors tout le jour, car l’ennui me pèse
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours
Que m’importe au fond ? je n’attends rien de neuf
Je dors tout le jour, car l’ennui me pèse
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours
Et à ces vains tableaux
mon âme indifférente
N’éprouve plus, ni charme ni transport,
Je scrute l’avenir ainsi qu’une ombre errante
Le soleil d’avant n’échauffe plus nos corps
N’éprouve plus, ni charme ni transport,
Je scrute l’avenir ainsi qu’une ombre errante
Le soleil d’avant n’échauffe plus nos corps
Que ne puis-je, porté
sur un vélo magique,
Doux objet de mes vœux m’élancer jusqu’à toi
Dans mon étroit logis pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre ce confinement et moi….
Doux objet de mes vœux m’élancer jusqu’à toi
Dans mon étroit logis pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre ce confinement et moi….
Quand la chenille s’échappe de son cocon,
Devenue papillon elle s’ébat et s’envole
Moi je suis semblable à la chenille endormie,
Laisse-moi m’évader, s’pece de virus à la con !
Devenue papillon elle s’ébat et s’envole
Moi je suis semblable à la chenille endormie,
Laisse-moi m’évader, s’pece de virus à la con !
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Louise Labé :
Je sors, je rentre, je tourne en
rond et m’ennuie
J’ai peur extrême d’endurer ça à
l’infini
La vie m’est trop pesante et trop
aérienne
J’ai grand espoir mêlé de grands
soucis
Tout en un coup je parle seule et
je m’esjouis
Et en solitude, maintes idées
d’hobby me tiennent
Et puis s’en vont, et pensées
noires me viennent
Tout en un coup je rie et je
m’ennuie
Ainsi confinement inconstamment
me mène
Et quand je pense toucher le fond
du malheur
Petit espoir me susurre à
l’oreille,
Puis, quand je crois ma joie être
certaine,
Et être libre dans moins de deux
heures
Il se prolonge, et me rajoute six
semaines
Et me remet en mon premier
malheur
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Version Haïku :
Fenêtre
ouverte sur un avenir bouché
Herbe verte
presque à portée demain
Tristes
pensées d’un jour sans fin
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Camus :
Aujourd’hui j’ai appris que nous
allions être confinés. C’est un journaliste qui l’a dit à la radio. Les gens
vont rester chez eux pendant plusieurs semaines. Il ne faut pas se toucher ni
s’embrasser. C’est bête, j’avais trouvé un amoureux. Je l’ai appelé et je lui
ai dit qu’on n’allait pas se voir pendant plusieurs semaines. Il m’a dit qu’il
savait, qu’ils l’avaient dit à la radio. J’ai raccroché et je me suis assise à
ma table. J’ai regardé la plante verte qu’on m’avait offerte pour mon
anniversaire. Elle est bien sur la table, ça fait joli. Je me suis servi un
verre de rouge. …. J’ai appelé mes collègues. Ils disent qu’ils en oeuvent plus
de gérer leur stress et la « continuité pédagogique ». Je me suis dit
que moi aussi je devais assurer la continuité et j’ai envoyé un mail à mes
élèves pour leur donner du travail. Un élève m’a répondu : « Je
comprends rien au texte, je comprends rien aux questions ». Je me dis, c’est bien que ça soit maintenant,
plutôt qu’il y a deux mois, parce que maintenant il fait presque chaud, alors qu’il
y a deux mois il faisait froid et il y avait pas de lumière. Alors peut être ça
m’aurait dérangé de rester chez moi, à cause de la déprime hivernale. Mais là,
ça va. Sauf s’il commence à faire trop chaud. Alors là ce sera dur de rester
enfermé. Mais pour l’instant ça va.
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Céline :
Ça a débuté comme ça. Moi,
j’avais rien vu venir. C’est A. qui m’a mis au courant. On devait se retrouver,
pour se bourrer la gueule comme tous les samedis dans le troquet du coin. Je le
retrouve à l’angle de la rue Mouffetard et de la Contrescarpe, et là il me
dit : « Rentrons chez toi, faut pas rester, y a du virus dans
l’air ». « Ah bon?, que je lui ai demandé, Mais les gens, ils sont tous dehors… »
« Bah oui, mais c’est des couillons » qu’il m’a répondu. « Ils
f’ront moins les fiers, quand ils iront crever la gueule ouverte dans la rue,
parce qu’il y aura plus place dans les hôpitaux, parce que trop d’cons comme
eux auront pas résisté à l’envie d’aller s’bourrer la gueule ». Moi,
j’trouvais qu’il exagérait mais bon. Et puis j’avais pas très envie d’arrêter
d’boire en terrasse, ça fait quand même partie des bons plaisir de la vie, de
quel droit qu’on pourrait nous enlever ça ? Alors j’lui dit :
« Si c’est si vrai qu’il faut plus sortir, pourquoi que le président il
dit qu’il faut qu’on aille voter demain ? Même que c’est du civisme ,qu’il
dit. Alors moi je demande, faudrait savoir quoi, c’est quoi le civisme,
c’est voter ou rester chez soi ? Parce qu’il faudrait pas me prendre pour
un couillon, moi, si on me dit faut voter, ben je vais boire alors, et en
terrasse s’il vous plaît ! ».
Après, la discussion est revenue
sur le président Macron, qui avait fait un discours à 18h. A. il disait :
- Y en a pas un comme lui pour
protéger la race française des virus étrangers.
- Elle en a bien besoin la
race française, vu qu’elle existe pas », que je lui répond.
- SI donc qu’il y en a une,
qu’il insistait, et même que les Chinois sont des cochons, de venir nous la
saloper avec leur virus, tout ça parce qu’ils ont mangé des animaux qu’on me
payerait un million j’y toucherai pas ! »
- Les français, les
chinois, c’est tout pareil que je l’lui ai dit, de toute façon quand on aura
tous crevé à cause du dérèglement climatique, on se demandera plus si c’était
la faute aux Chinois ou aux américains.
– L. qu’il me fait alors
gravement et l’air un peu triste, pense à nos grands-parents qui ont vécu la
guerre. C’était autre chose que c’qu’on vit là, allez, arrête ton
char ! » «
- Ah ! pour ça t’as raison,
c’était autre chose ! Ils avaient droit de sortir eux ! Ils vivaient
pas dans un putain d’état totalitaire sous prétexte de crise sanitaire. On est nés fidèles, on en crève nous autres
! Ouvriers gratuits, héros pour tout
le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du
Roi Capital. C’est lui qui nous possède ! Quand on est pas sages, il serre… On a ses
doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention
si on tient à pouvoir manger… Pour des riens, il vous étrangle…On nous dit
restez enfermé chez vous, parce qu’ils ont pas assez de place à l’hôpital, et
puis c’est encore nous qui nous serrerons la ceinture pour renflouer
l’économie, « effort collectif » qu’ils disent, comme si qu’on en
faisait pas tout le temps des efforts.
C’est pas une vie… Moi j’en ai marre » «
- Parlons-en de toi, t’es
qu’une anarchiste et puis voilà tout ! »

Savoureux ! Beau travail !
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